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Il y a 100 ans, la fin de la guerre du Rif

Partisan Magazine N°27 - Juin 2026

Il y a 100 ans, les troupes coloniales françaises venaient à bout de la République du Rif, menée par Abdelkrim, qui tenait tête depuis le 18 septembre 1921 aux troupes françaises et espagnoles.

Le jeune PCF s’illustrait alors avec sa politique anticoloniale intransigeante, son soutien à la République du Rif, ses appels aux troupes à fraterniser, ses interventions scandaleuses à l’assemblée nationale.

Nous publions ci-dessous un extrait de l’article complet à paraître dans Partisan Magazine N°27.
Nous avons choisi de publier l’intervention de Lamine Senghor, communiste sénégalais membre du PCF, rédacteur dans le journal "Le Paria" aux côtés de Ho Chi Minh. La totalité de l’article dans le magazine, abonnez-vous !


Les riffains ne sont pas seuls !
Ils ont avec eux le monde des opprimés !

Lamine Senghor Juillet 1925

Le mouvement de libération que poursuit le peuple riffain n’est pas un fait local. C’est un phénomène social qui se manifeste en Chine comme au Maroc et se répercute sur tout le monde des opprimés, aussi bien à Shanghaï qu’à Tetouan.

Aussi, de tous les points de la terre, les peuples coloniaux voient dans la victoire d’Abd el Krim l’étoile qui les guidera vers la délivrance.
L’Islam, en particulier, a les yeux tournés vers la lutte qui s’engage entre le vaillant petit peuple riffain et le formidable militarisme français ; l’Islam tout entier, transporté d’enthousiasme, regarde cette marche victorieuse vers l’indépendance.

Alors, le capitalisme français, qui opprime plusieurs dizaines de millions de musulmans, hurle de désespoir et de rage.
Avec son hypocrisie habituelle, il présente le succès riffain comme le prélude d’une croisade islamique contre les peuples chrétiens.

L’Islam, représenté par 300 millions d’esclaves, écrasés sous la botte des différents impérialismes européens, reçoit pour la circonstance le qualificatif de « Barbarie », tandis que le capitalisme européen devient la « Civilisation occidentale ».

Eh quoi ! l’impérialisme français ne se souvient donc plus qu’il avait construit lui-même, à Paris, une mosquée réclamée pour essayer de prendre sous sa tutelle la force spirituelle de l’Islam et rallier des « partisans » sous les couleurs de son drapeau [1] ? Et maintenant il bave de fureur contre la « barbarie » musulmane ? Mais voyons, il sait bien que le mouvement qui se dessine parmi ces masses n’est pas précisément une guerre sainte, la guerre du croissant contre la croix. Non ! c’est la guerre de l’opprimé contre l’oppression odieuse ; et, si tous ces millions d’esclaves font preuve entre eux d’une profonde solidarité, ce n’est pas précisément parce qu’ils ont la même religion, mais bien parce qu’ils subissent partout le même joug du conquérant européen.

Abd el Krim peut être traité, par la vile presse capitaliste française, de bandit, de rebelle ou d’aventurier, bien avant lui Abd el Kader, Kemal Pacha, Zaghloul, Sun Yat Sen furent traités de même. De telles injures sont les meilleurs stimulants qui poussent les peuples colonisés à se grouper autour de leurs héros nationaux. Et ces mouvements de solidarité sont des forces avec lesquelles l’impérialisme européen doit compter.

Un mouvement analogue s’est élevé dans les Indes et en Égypte pour soutenir la jeune République turque et a fait fléchir l’insolence du gouvernement britannique.
Spontanément, la sympathie des peuples musulmans soutint l’Égypte et l’Inde, dès que ces deux pays entrèrent en lutte pour leur indépendance ; la même sympathie se manifeste aujourd’hui envers le peuple riffain, qui se bat pour conserver sa liberté.

La diplomatie française peut agiter des mannequins, des traîtres sultans, aghas ou autres, pour leur faire clamer leur loyalisme, aucun indigène n’est dupe de cette propagande aussi grossière.

Le véritable sentiment des musulmans, il faut le lire dans la presse turque, égyptienne, tunisienne ou syrienne ; leur solidarité, il faut la lire dans ces lettres de sympathie envoyées à Abd el Krim par l’Association des Ulémas (savants) d’Égypte, dans ces constitutions de « Comités de secours aux blessés riffains » (puisque la Croix-Rouge française, sollicitée, a refusé l’envoi de médecins et que les militaires français confisquent les médicaments destinés aux malades), dans l’envoi de subsides que des organisations bénévoles expédient des Indes, de Palestine, de Syrie.
En Égypte, le prince Omar Toussoun forma un Comité d’assistance aux Riffains, qui, après un échange de lettres avec Abd el Krim, décida l’envoi d’une délégation dans le Riff, et le journal El Moktabès, de Damas, commentant le don de 500 livres égyptiennes d’Omar Toussoun, appelle les musulmans à imiter ce geste.
« L’humanité, dit-il, a des droits qui se placent au-dessus des considérations d’ordre militaire ou des conventions qui existent entre les puissances en état de guerre. »
En Tunisie, en Algérie, l’atmosphère de sympathie émane de la masse entière et se manifeste, malgré tous les moyens de terreur employés par le colonialisme français pour l’étouffer.
Si, en Égypte, l’ambassade française a eu seulement le cynisme de se plaindre au ministère des Affaires étrangères sur le ton de la presse arabe en faveur des Riffains, dans l’Afrique du Nord, son gouvernement a tous les pouvoirs.
À Tunis, la presse indigène est arbitrairement suspendue, tandis que dans toute la Tunisie, l’Algérie et le Maroc conquis, les perquisitions et les arrestations s’opèrent en masse sans qu’on arrive à vaincre l’hostilité grandissante qui se dresse contre la guerre du Maroc.

Lors des débats sur l’aventure du Riff, Painlevé annonça à la Chambre que des soldats indigènes s’étaient mutinés et avaient ligoté leurs officiers, et il s’étonne de ces actes de révolte, même lorsqu’il dit que pour entreprendre cette œuvre de mort contre les Riffains musulmans on emploie plus des trois cinquièmes de soldats musulmans.
Et au moment où la presse française ose raconter que les Marocains « soumis » prient dans les mosquées pour Lyautey, des tribus prétendues « fidèles » se soulèvent et rejoignent les réguliers d’Abd el Krim.

Cette guerre du Riff, par l’insatiété du capitalisme français et par la brutalité de son militarisme, a encore unifié les musulmans et, avec eux, tous les opprimés en lutte pour l’indépendance.

Dans ses offres de paix si raisonnables, Abd el Krim, chef provisoire de la République riffaine, demande fermement la reconnaissance de l’indépendance du Riff. Les Riffains donneront la dernière goutte de leur sang pour conserver leur indépendance. Tout le monde des opprimés, musulmans ou autres, tous ceux qui luttent pour s’affranchir de la botte des impérialistes européens, sont avec les Riffains pour exiger la reconnaissance de l’indépendance du Riff

[1Pour commémorer les musulmans morts pour la France au cours de la première guerre mondiale, l’État français décide de construire une mosquée à Paris qui sera inaugurée en 1926.