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Pourquoi l’OCML-VP est maoïste ?

Partisan N°270 - Décembre 2013

Voie Prolétarienne est une organisation maoïste. C’est la « poursuite de la révolution dans la révolution » après la prise du pouvoir (la Révolution Culturelle), le début de compréhension des erreurs de la révolution russe, qui nous ont amenés à cette position. Nous ne développerons pas ici, ce n’est pas un scoop et c’est développé dans notre plateforme. Mais il est intéressant de comprendre comment nous sommes arrivés à ces positions, car c’est tout sauf une référence à des supposés « textes sacrés »…

 

Les militants créateurs de l’OCML Voie Prolétarienne venaient du mouvement marxiste-léniniste qui avait rompu avec l’URSS à partir de 1963 et les conceptions « révisionnistes » qui pourrissaient tous les partis communistes du monde à quelques exceptions près. Les militants communistes sincères s’interrogeaient pour comprendre cette rupture, et en quoi l’expérience de la lutte des classes en Chine permettait d’avancer.

 

Mais c’était bien compliqué. D’un côté, les maoïstes chinois arrivaient à la tête du PCC en 1973, et publiaient en 1975 des textes très importants en forme de bilan le plus avancé de la Révolution Culturelle. De l’autre, Deng Hsiao-ping (le bourgeois destitué pendant la révolution culturelle, celui qui fera revenir la Chine sur la voie capitaliste) était réhabilité peu après et même officiellement envoyé à l’ONU en avril 1974 présenter au nom du PCC la théorie réactionnaire des « Trois Mondes ». C’est dire que la lutte des classes se poursuivait en Chine et qu’il était difficile d’y voir clair.

 

C’est à ce moment (février 1976) qu’apparaît le Cercle Catherine Armand, qui publiera le premier numéro de « Pour le Parti » en octobre de la même année, juste après la mort de Mao Tsé-toung (septembre 1976), et l’arrestation de la Bande des 4 (dirigeants maoïstes) le mois suivant (octobre 1976). C’est donc dès l’origine qu’est posée à notre organisation la question du bilan de la Révolution Chinoise.
Le Parti du Travail d’Albanie, en novembre 1976, lors de son VIIe congrès, critique la Théorie des Trois Mondes. L’organisation « Pour le Parti » participe à cette campagne polémique, aux côtés du Parti du Travail d’Albanie, en publiant en décembre 1977 une brochure contre ces positions réactionnaires, en Chine et contre ses rejetons français. A la même époque (février 1978), l’organisation « Voix (avec un « x ») Prolétarienne » de Lyon fait la même démarcation dans une autre brochure.

 

En juillet 1978, c’est la rupture définitive entre l’Albanie et la Chine qui coupe toute aide au petit pays balkanique. Au mois de décembre, « Voix Prolétarienne » (de Lyon) choisit son camp dans le feu de la polémique politique et idéologique, et publie une déclaration « Mao Tsé-toung, un grand marxiste-léniniste », qui sera reprise par « Pour le Parti ». En parallèle est élaborée une première brochure de fond, « La Dictature du Prolétariat, seule transition au communisme », fin 1978, qui s’appuie sur les développements des plus avancés des communistes chinois de 1975.
Mais à peine parue, cette brochure est confrontée à la publication (janvier 1979) d’un ouvrage d’Enver Hoxha, dirigeant du Parti du Travail d’Albanie « L’impérialisme et la révolution », qui liquide tout l’apport de la révolution chinoise et de la révolution culturelle.

 

La constitution de l’OCML Voie Prolétarienne en février 1979 par fusion des deux organisations « Pour le Parti » et « Voix Prolétarienne » a lieu dans ce contexte de grands bouleversements et de grandes interrogations. C’est en quelque sorte contraints et forcés par la polémique que notre organisation approfondit les questions en débat et ainsi sa compréhension de ce qu’est vraiment le socialisme et la révolution. Dès le mois de mars 1979, la nouvelle organisation rompt avec le PTA. En juillet 1979, la brochure sur la « Dictature du Prolétariat » est critiquée pour ses insuffisances et des restes de positions révisionnistes, et par ailleurs est publiée la brochure « Première réponse à Enver Hoxha » pour se démarquer des positions albanaises.
Deux dossiers sur la Révolution Culturelle seront publiés dans le journal « Pour le Parti » en octobre et novembre 1979, puis un stage d’étude d’une semaine durant l’été 1980 unifiera la nouvelle organisation sur ces positions.

 

A partir de là, et sur ce socle, la brochure sur « La Dictature du Prolétariat, seule transition au communisme » sera à la fois assimilée dans ses aspects positifs comme critiquée dans ses aspects erronés, et sera développée par la publication entre 1980 et 1983 d’une série d’articles fondamentaux qui sont le socle de notre organisation :
- La Théorie des Forces Productives à la base du révisionnisme moderne (Cause du Communisme N°1)
- Sur l’Etat de dictature du prolétariat (Cause du Communisme N°2)
- Le socialisme dans un pays et la révolution dans le monde (Cause du Communisme N°4)
- Les catégories fondamentales du matérialisme chez Staline (Cause du Communisme N°6)

 

On le voit, le maoïsme de l’OCML -VP est le fruit d’un processus politique et idéologique, élaboré dans les contradictions et la polémique d’une époque. Nous sommes maoïstes car nous avons construit notre organisation avec « la politique au poste de commande », pour « démêler le vrai du faux »…

 

A. Desaimes

 

La théorie des Trois Mondes

 

La théorie des trois mondes a été élaborée par la République populaire de Chine suite à la rupture sino-soviétique à la fin des années 60. Comme son nom l’indique, elle fait référence à trois « mondes » qui régissent la politique mondiale à l’époque :
Deux superpuissances sont à la recherche de l’hégémonie régionale : l’URSS et les États-Unis. Elles représentent une grave menace pour les autres. L’URSS est jugée la plus agressive et la plus dangereuse.
Les pays développés, comme le Canada, les pays d’Europe et le Japon : ils sont liés aux super-puissances (par un rapport de dépendance), mais essayent peu ou prou de lutter contre elles.
Les pays en voie de développement et la Chine : ils ont des intérêts communs reposant sur la lutte contre l’hégémonie du premier monde.
Cette théorie, qui a abandonné toute position de classe, mène à des alliances avec des régimes bourgeois dans le Tiers Monde, mais également dans le Second Monde au nom d’une supposée lutte anti-impérialiste commune. On a ainsi vu le PCMLF en France soutenir Giscard d’Estaing à la fin des années 70 !
Aujourd’hui, cette théorie est encore vivante dans le soutien aux régimes réactionnaires qui tentent de desserrer la domination US pour récupérer une part du gâteau plus importante à leur profit : soutien au régime iranien, à Assad en Syrie, aux fascistes serbes dans la guerre en ex-Yougoslavie, à Gbagbo en Côte d’Ivoire, aux régimes du Venezuela, d’Equateur ou de Bolivie, voire du Brésil et ainsi de suite…

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